Dix expériences pour manipuler les leviers de la banque centrale et voir, en direct, comment ils traversent l'inflation, les actions et le taux de change. Bougez les curseurs. Lisez les cartes « Pourquoi ? ». Cherchez la logique.
Un seul curseur : le taux directeur de la banque centrale. Regardez les quatre marchés réagir en même temps. C'est toute la chaîne du cours, sur un écran.
Le taux directeur est la source. Tout en découle :
Montez le taux à fond : tout vire au rouge sauf la monnaie. Baissez-le à zéro : les actions et obligations respirent, la monnaie faiblit. Une décision, quatre marchés.
Une obligation paie un coupon fixe. Quand le taux du marché bouge, son prix bascule dans le sens inverse. Faites monter le taux et regardez la balançoire.
Imaginez une obligation qui paie 3 CHF par an, achetée 100. Si le marché offre désormais 6 % ailleurs, plus personne ne veut votre vieux titre à 3 %… sauf à prix cassé.
Son prix tombe jusqu'à ce que le rendement effectif (coupon ÷ prix) rejoigne 6 %. À l'inverse, si les taux tombent à 1 %, votre titre à 3 % devient une perle : son prix grimpe.
C'est la règle de base du marché obligataire. Le coupon ne bouge pas — c'est le prix qui encaisse tout l'ajustement.
Un taux nominal énorme n'est pas un bon placement si l'inflation est pire. Réglez les deux curseurs et voyez ce qui reste vraiment dans votre poche.
La Turquie a longtemps affiché des taux de 30-40 %. Spectaculaire — sauf que l'inflation y dépassait souvent ces taux. Résultat : un rendement réel négatif.
Et ce n'est même pas fini : pour un investisseur en CHF, la dépréciation de la lire vient encore amputer le résultat (voir labo 8). Le rendement affiché n'est pas le rendement encaissé.
Le rendement exigé d'une action = taux sans risque + bêta × prime de risque. Plus on exige de rendement, plus le prix juste de l'action baisse. Regardez rf tout commander.
Une action qui verse 8 CHF de dividende vaut plus si on exige peu d'elle, et moins si on en exige beaucoup. Le prix juste ≈ dividende ÷ rendement exigé.
Voilà pourquoi les hausses de taux font souvent chuter la bourse : le numérateur (dividendes) n'a pas changé, mais le dénominateur (l'exigence) a grimpé. β ne fait qu'amplifier ou amortir le mouvement.
L'argent va là où il est le mieux payé. Réglez le taux de deux pays : les capitaux affluent vers le plus rémunérateur, et sa monnaie s'apprécie.
Un investisseur emprunte là où les taux sont bas (Suisse, Japon) et place là où ils sont hauts (Brésil) : c'est le carry trade.
Le piège : ce différentiel rémunère un risque. Si le réal s'effondre, le carry trade se retourne violemment. Rendement élevé = risque élevé, toujours.
Une monnaie où tout devient cher perd du pouvoir d'achat — et tend à se déprécier face à une monnaie stable. Comparez l'inflation des deux pays.
Si en Turquie tout augmente de 40 % par an, mais qu'en Suisse les prix sont stables, les produits turcs deviennent vite trop chers à l'export… sauf si la lire baisse pour compenser.
C'est l'intuition de la parité de pouvoir d'achat : à long terme, la monnaie du pays à forte inflation se déprécie d'à peu près l'écart d'inflation.
En temps de crise, la logique des taux est débordée : l'argent fuit vers la sécurité. Le franc suisse et le yen s'apprécient — même avec des taux ridiculement bas. Appuyez sur le bouton crise.
Quand la peur domine, les investisseurs ne cherchent plus le rendement, mais la sécurité du capital. Ils vendent les actifs risqués (actions, monnaies émergentes) et se réfugient dans :
Pour notre client basé en CHF, c'est crucial : au pire moment, le franc monte et ses placements étrangers valent encore moins une fois reconvertis. La valeur refuge bat parfois le différentiel de taux.
Vous gagnez bien à l'étranger… mais que reste-t-il une fois reconverti en francs ? Réglez le rendement local et le mouvement de la devise. Le verdict est en CHF.
Votre client ne vit pas en réaux ni en lires : il vit en francs. Tout gain étranger doit franchir la barrière du change pour devenir réel pour lui.
C'est le cœur du mandat : un placement étranger n'est jamais jugé sur son rendement local seul. Le franc fort est l'ennemi silencieux du rendement étranger.
Choisissez la posture de la banque centrale et voyez toute la chaîne se résoudre d'un coup — inflation, obligations, actions, monnaie. C'est la décision n°1 du métier.
🦅 Faucon (hawkish) : la banque centrale craint l'inflation et monte les taux.
🕊 Colombe (dovish) : elle veut stimuler et baisse les taux.
Aucune posture n'est « gratuite » : chacune arbitre entre croissance, inflation et stabilité de la monnaie. C'est tout l'art de la politique monétaire.
On vous donne le résultat sur les marchés. À vous de remonter à la cause : quel levier la banque centrale a-t-elle actionné ? Trois énigmes.
Énigme A. Ce matin : la bourse chute, les obligations existantes chutent, et le franc… pardon, la monnaie locale s'apprécie. Qu'a fait la banque centrale ?
Énigme B. La bourse s'envole, les obligations montent, mais la monnaie se déprécie et les économistes s'inquiètent d'un retour de l'inflation. Qu'a fait la banque centrale ?
Énigme C. Les taux n'ont pas bougé, pourtant le franc suisse s'apprécie fortement, les actions mondiales plongent et les bons du Trésor américain montent. Que se passe-t-il ?