ÉCONOMIE INTERNATIONALE · BLOC MARCHÉS
Du taux directeur
au rendement des actions
Comment une décision de banque centrale traverse toute la chaîne financière — du taux sans risque aux obligations d'État, puis au rendement exigé sur les actions (CAPM).
Cours magistral (≈ 45 min) · suivi de l'exercice « Comité d'investissement » (2 h)
L'IDÉE CENTRALE

Tout part d'un seul prix : le prix de l'argent

En macroéconomie, on étudie la croissance, l'inflation, le chômage. En finance, on veut savoir où placer son argent. Le pont entre les deux, c'est le taux d'intérêt — fixé, à la base, par la banque centrale.

Changez le prix de l'argent, et vous changez le prix de tout le reste : obligations, actions, devises, immobilier.
LA CHAÎNE DE TRANSMISSION

Une décision, quatre étages

1
Banque centrale
fixe le taux directeur
2
Taux sans risque
le rendement « plancher »
3
Obligations d'État
leur prix s'ajuste
4
Actions (CAPM)
rendement exigé

Nous allons descendre cette chaîne étage par étage. Retenez l'ordre : la banque centrale agit d'abord, tout le reste suit.

ÉTAGE 1

La banque centrale fixe le taux directeur

QU'EST-CE QUE C'EST

Le taux directeur

Le taux auquel la banque centrale prête aux banques commerciales. C'est le point de départ de tous les autres taux de l'économie. Fed, BCE, BNS, Banque du Japon… chacune fixe le sien.

POURQUOI ELLE LE BOUGE

Son mandat

Surtout : maîtriser l'inflation. Inflation trop haute → elle monte les taux pour freiner l'économie. Économie faible → elle baisse les taux pour la stimuler.

Le taux directeur est l'instrument n°1 de la politique monétaire.

ÉTAGE 2

Le taux sans risque (rf)

À partir du taux directeur se forme le taux sans risque : le rendement que l'on obtient sans prendre aucun risque de défaut. En pratique, on l'approxime par le taux des obligations d'État les plus sûres (Bund allemand, T-bond américain, Confédération suisse).

POURQUOI IL EST CENTRAL

C'est le rendement plancher de toute l'économie. Aucun investisseur rationnel n'acceptera un placement risqué s'il rapporte moins que le sans-risque. Tout rendement se mesure par rapport à lui.

L'EFFET D'ENTRAÎNEMENT

Taux directeur ↑ → rf ↑ → tout devient plus cher à financer et le seuil de rentabilité monte pour tous les actifs. Taux directeur ↓ → rf ↓ → les actifs risqués redeviennent attractifs.

« Sans risque » est une idéalisation : même un État peut faire défaut. Mais pour un investisseur en CHF, la Confédération suisse en est très proche.

ÉTAGE 3

Les obligations d'État : la bascule prix / rendement

Une obligation paie un coupon fixe. Si les taux du marché montent, les obligations anciennes (à coupon faible) deviennent moins attractives → leur prix baisse jusqu'à ce que leur rendement rejoigne le marché.

Taux du marché ↑  ⇒  Prix des obligations existantes ↓Le rendement (yield) et le prix bougent toujours en sens inverse.
ÉTAGE 3 · NUANCE CLÉ

Le rendement réel : le seul qui compte

Rendement réel ≈ Taux nominal − Inflation
LE PIÈGE

Un taux nominal de 28 % avec une inflation de 35 % = rendement réel négatif. Vous perdez du pouvoir d'achat malgré un chiffre spectaculaire.

L'INVERSE

Un taux suisse de 0,6 % avec une inflation de 0,3 % = rendement réel faible mais positif et sûr.

Le rendement affiché n'est pas le rendement encaissé.

ÉTAGE 4

Et les actions ? Le modèle CAPM

Une action est risquée : pas de coupon garanti. Pourquoi un investisseur l'achèterait-il plutôt qu'une obligation sûre ? Parce qu'il exige une rémunération supplémentaire pour le risque. Le CAPM (modèle d'évaluation des actifs financiers) formalise ce rendement exigé.

Rendement exigé = rf + β × (Rmarché − rf)taux sans risque  +  sensibilité au marché  ×  prime de risque actions

Tout part de rf — le même taux sans risque que l'étage 2. La banque centrale est donc présente jusque dans le prix des actions.

CAPM · DISSÉQUÉ

Les trois ingrédients du rendement exigé

rf — LE SOCLE

Taux sans risque

Le rendement de base, gratuit de risque. Si rf monte (banque centrale stricte), le rendement exigé sur les actions monte aussi — et leur valeur tend à baisser.

β — LE LEVIER

Le bêta

La sensibilité de l'action au marché. β = 1 : bouge comme le marché. β > 1 : amplifie (cyclique). β < 1 : amortit (défensif).

(Rm − rf) — LA PRIME

Prime de risque actions

Le surplus exigé pour détenir des actions plutôt que du sans-risque. Plus l'incertitude est grande, plus la prime exigée est élevée.

Intuition seulement — pas de calcul ici. Le message : le rendement d'une action n'est pas un mystère, c'est une compensation du risque, ancrée sur le taux sans risque.

LE FIL ROUGE

Pourquoi tout est lié

BC monte rf
Oblig. ↓ prix
rendement ↑
CAPM : rf ↑
rendement exigé ↑
Actions ↓
prix sous pression

Une seule décision de banque centrale fait bouger obligations et actions, dans le même sens.

C'est pourquoi les marchés sont suspendus aux annonces de la Fed, de la BCE ou de la BNS.

LA COUCHE EN PLUS · POUR UN INVESTISSEUR EN CHF

Le change peut tout dominer

Notre client compte en francs suisses. Le rendement gagné à l'étranger doit être reconverti en CHF.

Rendement en CHF ≈ Rendement local + Variation de la devise (vs CHF)
EXEMPLE DOULOUREUX

+12 % en réal brésilien, mais le réal perd 15 % face au CHF → l'investisseur suisse a perdu de l'argent.

LE FRANC, MONNAIE REFUGE

Le CHF tend à s'apprécier dans les crises. Les actifs étrangers sont donc structurellement risqués sur le change pour un investisseur suisse.

À VOUS DE JOUER
Exercice :
le comité d'investissement
Vous êtes le comité d'investissement de Meidell Capital Partners. 100 millions de CHF à placer sur six pays, en actions et obligations. Vous irez chercher les vraies données macro, vous allouerez le capital, et vous défendrez votre thèse devant le comité.
Durée : 2 heures · groupes de 4–5 · présentation finale 5–7 min
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